Glegirardin.fr

Loi Girardin pour expatriés revenant en France : timing et fiscalité

Vous rentrez d'expatriation après 5 à 12 ans à Singapour, Dubaï, Londres, New York, Genève ou Hong Kong. Vous redécouvrez l'IR français — souvent brutalement sur la première année. Le régime impatrié de l'article 155 B du CGI peut amortir le choc pendant 8 ans, mais il a ses limites. Le Girardin Industriel, lui, agit par-dessus tout dispositif d'allègement et reste pleinement utilisable dès la première année de retour. Voici le timing, la combinaison optimale, et un cas chiffré retour de Singapour à 80 000 € d'IR.

Le retour d'expatriation est l'un des événements patrimoniaux les plus complexes à gérer pour un cadre français. Côté revenus : transition d'une fiscalité légère (Singapour 17-22 % ; Dubaï 0 % ; Hong Kong 17 %) vers une fiscalité française à 41 % ou 45 % sur le marginal. Côté patrimoine : assurance-vie luxembourgeoise, comptes-titres offshore, avoirs en USD/SGD/HKD à rapatrier ou à conserver. Côté logement : retour souvent accompagné d'un achat RP. Bien souvent, l'IR de la première année tape les 70-100 k€, alors qu'il était à zéro l'année d'avant.

1. Le choc fiscal du retour

Trois mécaniques à anticiper :

  • Domiciliation fiscale française dès le jour J du retour si le centre des intérêts économiques + foyer + séjour habituel sont en France (article 4 B du CGI). À ce jour, tous les revenus mondiaux deviennent imposables en France, sous réserve des conventions fiscales bilatérales ;
  • IR français sur le revenu de l'année partielle de retour : fractionnement entre la période de non-résidence (revenus de source française uniquement) et la période de résidence (revenus mondiaux) ;
  • Pas de période de transition : pas d'abattement de courtoisie, pas de progressivité. Le 1er jour de résidence fiscale, vous êtes imposé comme un Français.

Conséquence : un cadre rentrant en mai d'une expatriation à Dubaï, avec 200 k€ de salaire français à compter de juin, peut se retrouver avec un IR de 60-80 k€ pour 7 mois d'activité. La même personne, en année pleine, atteint 90-110 k€ d'IR.

2. Le régime impatrié de l'article 155 B du CGI

Le régime impatrié (article 155 B du CGI, modifié par la loi de finances 2024) est un dispositif spécifique au retour d'expatriation qui s'applique sur 8 ans maximum. Il offre trois exonérations cumulatives :

1. Exonération de la prime d'impatriation

La part de rémunération qui correspond au surcroît lié à l'impatriation est exonérée d'IR. Soit la prime explicite figurant au contrat, soit (à défaut) un forfait de 30 % de la rémunération nette. Plafond : la rémunération imposable retenue doit être au moins égale à celle d'un salarié équivalent en France.

2. Exonération partielle des jours travaillés à l'étranger

Pour la part de rémunération correspondant aux missions à l'étranger (déplacements professionnels). Plafonné à 50 % de la rémunération imposable globale.

3. Exonération de 50 % de certains revenus passifs étrangers

Plus-values mobilières de source étrangère, dividendes, intérêts, redevances perçus pendant la période d'impatriation : 50 % d'exonération. Mécanisme intéressant pour les comptes-titres conservés à Singapour, Hong Kong ou en Suisse.

Conditions d'éligibilité

  • Ne pas avoir été résident fiscal français durant les 5 années précédentes ;
  • Être recruté de l'étranger par une entreprise établie en France (recrutement direct, transfert intra-groupe) ;
  • Le bénéfice s'éteint au plus tard le 31 décembre de la 8e année suivant la prise de fonctions.

Point essentiel — éligibilité

L'article 155 B s'applique sur recrutement de l'étranger, pas sur le simple retour à titre personnel. Si vous rentrez sans contrat de travail conclu en amont depuis l'étranger (création d'entreprise, freelance, retour à titre familial), le 155 B ne s'applique pas. Vous repartez sur le régime fiscal commun.

3. Articulation régime impatrié + Girardin Industriel

Excellente nouvelle : le régime impatrié et le Girardin Industriel se cumulent sans difficulté. Mécaniquement :

  • Le 155 B agit en amont, sur le revenu imposable (exonération de la prime, des jours étrangers, des revenus passifs) ;
  • Le Girardin agit en aval, en réduction d'IR sur le solde fiscal calculé après application du 155 B ;
  • Les deux sont parfaitement indépendants — pas de double-compte, pas de plafonnement croisé spécifique.

Pour un impatrié à 250 k€ de salaire (dont 75 k€ exonérés via 155 B), le revenu imposable retombe à 175 k€, soit un IR effectif d'environ 50 000 €. Cet IR est intégralement effaçable par un Girardin Industriel avec agrément DGFiP (plafond 52 941 € de réduction, article 199 undecies B du CGI).

4. Quand peut-on souscrire ? Le timing exact

Question récurrente : « Dois-je attendre d'être stabilisé pour souscrire ? » Réponse de cabinet : non, dès que vous êtes résident fiscal français à 100 % sur l'année N, vous pouvez souscrire un Girardin sur l'IR de l'année N. Trois cas pratiques :

Cas A — Retour en cours d'année N (mai par exemple)

Vous êtes résident fiscal français du jour de votre installation. L'IR de l'année N est calculé sur les revenus mondiaux à partir de cette date, et sur les revenus de source française avant. Dès que cet IR estimé est connu (octobre-novembre), vous pouvez souscrire. Mais : si l'estimation est précoce, mieux vaut attendre janvier N+1 pour souscrire en T1 boosté de l'année N+1, pour effacer l'IR de l'année N+1 qui sera plus important (année pleine).

Cas B — Retour le 1er janvier N (rare mais idéal)

Année pleine de résidence française. IR estimé sur 12 mois. Souscription Girardin possible dès le 7 janvier N en T1 boosté (rendement 23 %). Configuration la plus simple, la plus rentable, la plus prévisible.

Cas C — Retour fin d'année N (octobre-décembre)

IR de l'année N modeste (peu de revenus français sur l'année). Pas de Girardin pertinent sur N. Préparation de l'année N+1 : projection de l'IR pleine année, souscription Girardin en janvier N+1 en T1 boosté.

Calibrez votre Girardin de retour

Indiquez votre IR estimé après application du 155 B : le simulateur calcule l'apport optimal en T1 boosté pour effacer le solde.

Lancer le simulateur

5. Cas chiffré : retour de Singapour, 80 000 € d'IR la 1re année

ProfilDétail
ProfilCadre dirigeant, finance, 38 ans
Expatriation précédenteSingapour, 7 ans (BNP Paribas Asia)
Retour1er janvier N, transfert intra-groupe Paris
Rémunération brute année N320 000 €
Prime d'impatriation explicite (155 B)80 000 €
Quotient familialMarié, 2 enfants à charge
Revenu imposable après 155 B240 000 €
IR estimé année N (sans Girardin)~ 80 000 €

Stratégie retenue : Girardin Industriel avec agrément DGFiP en T1 boosté + complément Girardin Logement Social (article 199 undecies C) sur le solde, le tout en T1 boosté (rendement 23 %).

  • Tranche 1 : Girardin Industriel agrément à 52 941 € de réduction. Apport : 52 941 / 1,23 = 43 042 €. Gain net : 9 899 €.
  • Tranche 2 : Girardin Logement Social pour le solde (80 000 - 52 941 = 27 059 €). Apport : 27 059 / 1,23 = 22 000 €. Gain net : 5 059 €.
  • Apport total : 65 042 €.
  • IR effacé : 80 000 € (intégralement).
  • Gain net consolidé : 14 958 €, soit +23 % sur l'apport.
  • Engagement : 5 ans (jusqu'au 31 décembre 2030).

Ce cadre transforme 65 042 € de trésorerie disponible (rapatriée des comptes Singapour) en 80 000 € d'IR effacé, avec un gain de 14 958 € appliqué sur l'avis d'imposition de septembre N+1. Pendant ce temps, le 155 B continue d'agir pendant les 7 années suivantes sur la prime d'impatriation, les revenus passifs offshore, et les jours étrangers professionnels. Effet de levier maximal sur la première année post-retour.

6. Pièges spécifiques aux expatriés

Vigilance — démarchage agressif sur les expatriés

Les expatriés en cours de retour sont une cible privilégiée pour le démarchage en défiscalisation : forte trésorerie disponible (rapatriement), méconnaissance du paysage fiscal français contemporain (réformes survenues pendant l'expatriation), urgence perçue. Vérifiez systématiquement le statut CIF inscrit ORIAS de votre interlocuteur, l'existence d'une G3F contractuelle, et la transparence sur les commissions (≤ 5 %, payée par le fournisseur). Voir notre checklist 7 vérifications.

Quatre pièges typiques :

  1. Souscrire avant d'être résident fiscal à 100 % : si vous n'êtes pas encore domicilié au sens article 4 B du CGI à la date de souscription, le Girardin ne produit pas l'effet attendu sur l'IR français. Attendez le retour effectif.
  2. Confondre 155 B et exit tax : l'exit tax (article 167 bis du CGI) concerne le départ de France, pas le retour. Sans incidence sur le Girardin.
  3. Sous-estimer la complexité de l'année partielle : si vous rentrez en cours d'année, faites valider l'IR estimé par un fiscaliste spécialisé (cabinet d'avocats fiscalistes ou EC international) avant de calibrer le Girardin.
  4. Croire que le 155 B exclut le Girardin : faux, les deux se cumulent. Notre guide Girardin Industriel détaille la mécanique.

FAQ — Expatriés et Girardin

Faut-il être résident fiscal français pour souscrire un Girardin ?

Oui. Le Girardin réduit l'IR français : il faut donc en payer un, donc être résident fiscal français au sens de l'article 4 B du CGI au titre de l'année où la souscription est imputée. Souscrire avant le retour effectif est inutile.

Le régime impatrié 155 B est-il compatible avec le Girardin ?

Oui, totalement. Le 155 B exonère partiellement le revenu imposable (en amont). Le Girardin réduit l'IR final (en aval). Les deux se cumulent sans plafonnement croisé. Combinaison fiscalement très efficace pour l'année 1 du retour.

Si je redéménage à l'étranger pendant les 5 ans d'engagement, que se passe-t-il ?

L'engagement de 5 ans porte sur la SNC qui détient le matériel ultramarin (locataire durant 5 ans), pas sur la résidence fiscale du souscripteur. Si vous repartez à l'étranger après avoir bénéficié de la réduction, celle-ci reste acquise. Cas pratique à valider dossier par dossier avec un fiscaliste.

Peut-on souscrire dès la 1re année de retour ?

Oui, dès lors qu'on est résident fiscal français à 100 % sur l'année concernée et qu'on dispose d'un IR estimé suffisant (typiquement > 5 000 €). Si le retour a lieu en cours d'année et l'IR partiel est faible, mieux vaut souscrire en T1 boosté de l'année suivante (année pleine).

Pilotez votre retour fiscal proprement

30 minutes pour cadrer le 155 B, estimer l'IR de l'année 1 et calibrer le Girardin en T1 boosté.

Réserver un échange Notre transparence